L’expérience d’une vie…
Un article paru dans notre revue cyclo n° 608 de décembre 2011, écrit par un rédacteur.
Il s’appelle Michel, il est de Nîmes, depuis c’est un ami.
Nous ne nous voyons pas souvent, seulement de temps en temps à l’occasion d’une semaine fédérale.
La photo est d’un autre Michel, un Percheron qui habite Arçonnay, que Gérard connaît bien.
Et oui à cette époque on vivait à « L’ÂGE DES MICHEL«

Éric emplissait sa musette de rêves et de projets
Le 21 août 2011, 19 h 45 ! Bloqué dans l’immense peloton, Éric Broust attend le signal du départ. Il est encore émerveillé de se trouver là, en cet instant, la peur au ventre. Qui aurait pu croire, il y a 25 ans, qu’un jour il participerait à Paris-Brest-Paris ?
Pourtant, en ce matin de 1986, tout aurait pu être terminé avant même d’avoir commencé quand une voiture était venue faucher le motard qu’il était. La jambe gauche broyée, il avait passé un an à l’hôpital de Garches spécialisé dans les traumatisés de la route. On avait sauvé sa jambe mais il ne pouvait plus la plier : à 20 ans il se retrouvait handicapé à vie. Ensuite, il y eut des soins lourds et d’autres opérations deux ans durant avant qu’il ne puisse penser à construire sa vie : trouver un travail, fonder une famille, avoir des enfants ; bref, une vie comme il yen a des milliers d’autres. Ce combat, gagné jour après jour, a duré plus de quinze ans, jusqu’à ce que la quarantaine vienne taper à sa porte, lui faisant ressentir ce besoin de pratiquer un sport, désir instinctif dans cette tranche d’âge.
Pourquoi a-t-il choisi le vélo, lui qui n’avait jamais été sportif ? À bien réfléchir, s’il excepte quelques réminiscences de ses quinze ans, il ne le sait pas vraiment. Peut-être, en voyant ses enfants pédaler devant lui, a-t-il eu envie de partager un peu plus leurs jeux ? Mais, quelles que soient les raisons, il acheta un VTT, le bricola pour que la pédale gauche reste inerte mais non bloquée, et se lança dans de courtes sorties sur des chemins paisibles.
Sa progression l’étonna, et tout en privilégiant les balades en solitaire, il participa de temps à autre à des randonnées organisées dont il savourait l’ambiance et la convivialité, cette convivialité dont il sentait croître la nécessité. Cependant, il lui fallut attendre près de cinq ans et un clin d’œil du hasard, pour qu’il saute le pas. En effet, ce n’est qu’en 2009, suite à la lecture d’une plaquette de présentation, qu’il se décida à contacter le club des Cyclotouristes alençonnais.
L’accueil chaleureux qui lui fut fait correspondant à ce qu’il attendait d’un club, il s’y affilia très vite. Ses nouveaux collègues étant principalement des routiers, Éric s’offrit donc un vélo de route, le trafiqua (voir plus haut) et apprit rapidement à pédaler en peloton. Avec leurs encouragements, leur soutien et sa volonté, il s’améliora rapidement jusqu’à dépasser les 200 km dans la journée. Il en arriva même à monter le Ventoux en passant par les gorges de la Nesque et Sault.
Il emplissait sa musette de rêves et de projets qui lui auraient semblé utopiques peu de mois auparavant quand la malchance, cruelle et sournoise, lui fixa un second rendez-vous. En 2010, alors qu’il se rendait à son travail à vélo, il fut renversé par une voiture. Sa jambe gauche à nouveau cassée, Éric repartit pour sept mois de souffrances.
Le rêve commence
D’autres auraient baissé les bras, renoncé, abdiqué devant ce bis de misères. Mais pas Éric, désormais solidement ancré dans son amour du vélo, qui ne se trouva pas seul pour lutter dans cette nouvelle épreuve. Il y eut sa famille, bien entendu, pour le soutenir mais aussi ses copains de club, si souvent présents près de lui dans les moments difficiles. Dès janvier 201 1 ils étaient à ses côtés pour ses premiers pas cyclos, l’accompagnant, l’encourageant, le soutenant si besoin était et, rapidement, Éric se retrouva à un bon niveau d’endurance. Suffisant en tout cas pour que son ami Gérard Courville, candidat à l’édition 2011 de Paris-Brest-Paris, lui propose de l’accompagner pour le brevet qualificatif de 200 km. Éric accepta ! Et comme tout se passa bien, il tenta le 300. Ce fut nickel. Pourquoi pas le 400 ? Il le termina à l’aise. Alors, Éric commença à rêver… à penser à ce Graal qu’était pour lui PBP.
Donc, le 400 terminé, Éric se met à fantasmer sur PBP, et s’il le faisait ? Le brevet qu’il vient de terminer l’a mis en confiance, il sait qu’il avait encore du jus à l’arrivée et pouvait aller plus loin… Après une courte réflexion, il se lance et s’inscrit : Alea jacta est ! Le sort en est jeté.
Le 600, organisé par le club des Randonneurs du Perche, est le dernier qualificatif sur le territoire français. Il y a donc du monde au départ, soixante-quatre participants. Il y a également une visiteuse imprévue : la canicule, qui fera des ravages dans ce gros peloton : neuf abandons, six cyclos hors délais et Éric qui ne réussit le brevet que d’un petit quart d’heure.
« Ce fut une aventure humaine très forte, raconte-t-il, et sans l’assistance des copains, je ne pense pas que j’aurais réussi ; je leur dois un immense merci ».
Mais, pour la première fois, tant il a souffert, le doute l’envahit. Heureusement, il y a près de deux mois entre la fin de ce gros brevet et le départ du PBP, le temps pour Éric de récupérer, d’oublier les souffrances endurées, de remettre son moral en place et de se rassurer tant par l’accord donné par son toubib que par les encouragements de sa famille et ceux des copains qui vont partager son aventure…
Dimanche 21 août. 20 heures ! Une voix atone égrène les dernières secondes : 10-9-8… 3-2-1, qui le lancent vers son rêve.. Et alors que 1 230 km et 90 heures de vélos l’attendent, à ce moment-là et quel que soit le résultat à venir, Éric vient de remporter une victoire…
Michel Jonquet

Le résumé de cette aventure Paris-Brest-Paris 2011, reste à venir…
